Roméo et Juliette de Shakespeare (1595), les amants maudits

Comme je pense 99,99% des gens (statistique non contractuelle), je connais Roméo et Juliette, sans doute l’œuvre la plus célèbre du dramaturge anglais William Shakespeare. Mais comme beaucoup d’autres, je ne l’avais jamais lue, et je ne l’ai jamais vue au théâtre.

La traduction de ce volume publié chez Folio classique est d’Yves Bonnefoy (1923 – 2016), poète assez important de la fin du XXe siècle. Et c’est avec – et grâce à – sa traduction que j’ai pu en découvrir davantage sur ces amants dont l’amour naît (et meurt) dans des circonstances plus que tragiques.

Comme la plupart des gens, tout ce que je connaissais de la pièce c’était que : « Roméo et Juliette font partie de deux familles ennemies de Vérone en Italie. À la fin Roméo, croit que Juliette est morte, il se suicide. Juliette n’est pas morte, elle voit Roméo mort, et se suicide à son tour. Fin. »

Et je dois dire que je n’avais pas cherché à aller plus loin que ça. Mais en réalité, le très gros de l’intrigue consiste en ce résumé familier que j’ai établi.

« Ô Roméo ! Roméo ! pourquoi es-tu Roméo ? »

Acte II, Scène II

Ce que j’ignorais, mais ce dont je me doutais aussi, c’est que le texte regorgeais d’un mélange d’une poésie éclatante, rendue à merveille en français par la plume de Bonnefoy, et d’un langage cruel, terrible et amer dont seul le cœur du « Barde immortel » en a été capable – ce qui entraîne, malheureusement bien sûr, des difficultés de compréhension à certains passages, tant les mouvements du langage se font sentir.

L’ensemble du texte est assez ardu à expliquer et à comprendre si on se concentre uniquement sur les mots employés sans se pencher sur le sens véritable des paroles, pour aller plus loin qu’un simple « g ri1 compris lol.« 

On ne peut cependant pas dire que Roméo et Juliette soit une pièce d’une particulière profondeur. L’intrigue est simple, avec quelques détours certes, mais pas la plus complexe. MacBeth (1623) faisait une « pièce écossaise » bien plus courte et bien plus difficile à appréhender.

Mais, évidemment, cette pièce demeure bien plus qu’un « oh la la on s’aime mais on a pas le droit – oh la la on est morts. » Elle illustre, à la suite, dans la continuité et en provoquant des siècles et des siècles de tragédie à l’eau de rose.

Romeo and Juliet, lithographie, vers 1880, colorisée

Archétype des « amant maudits » (en anglais, star-crossed lovers) le couple que forment Roméo et Juliette se frotte d’abord à l’essence-même de ceux qui le composent, de par leurs familles respectives, Capulet et Montaigu. Les évènements – combats et morts, décisions patriarcales en tous genres – entraînent un désespoir apparement inextricable qui ne trouve sa résolution que dans la mort et la fin de tout.

La mise en exergue d’une telle passion au-delà de toute considération politique ou belliqueuse permet aux amants de Vérone de réunir leurs deux familles dans un deuil profond, plongé dans le ciel gris d’un jour funeste.

Roméo et Juliette est un chef d’œuvre, non seulement théâtral mais aussi textuel, intemporel et ô combien représentatif de la violence mêlée à la passion que l’on retrouve chez Shakespeare.

9/10


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