Dictionnaire amoureux du pouvoir d’Alain Minc(2023), les essais sur le pouvoir

Je ne connais pas Alain Minc. Je ne connais pas la série des « dictionnaires amoureux ». Voilà qui constitue une base solide pour fournir une analyse de qualité suffisante.

Alain Minc est un conseiller politique et essayiste, énarque et proche des hautes de sphères de notre monde, avec une bibliographie longue comme le bras. Il s’agit donc d’un homme avec une certaine influence, ainsi qu’un savoir sur les enjeux internes aux sphères politique et médiatique.

Quant au « dictionnaire amoureux », c’est en réalité une collection d’ouvrages qui a été créée en 2000 pour les éditions Plon. Il s’agit – plutôt que d’un véritable dictionnaire ou d’une liste neutre de thèmes légèrement définis – d’une suite d’essais multidimensionnels teintés d’une subjectivité fort peu voilée, le tout dans l’ordre alphabétique. Je rattache cette collection au fameux Dictionnaire Philosophique de Voltaire, qui était d’un ennui mortel. Autant dire qu’entre mon ignorance sur la personnalité de l’auteur et son concept, ainsi que mes a priori ne constituaient pas un bon socle pour commencer la lecture de ces essais.

Le moins que l’on puisse dire c’est que je n’ai pas été déçu. En effet, parfois sérieux et parfois mouillés d’acides, les phrases de Minc sont propres à nourrir la flamme des uns et des autres sur les sujets politiques ou non. Parmi eux, on peut trouver des mouvements politiques ou bien des personnalités.

J’ai particulièrement été interpelé – agréablement ceci dit – par l’article sur Bolloré, toujours en pleine actualité. L’article concerne le pouvoir qui lui est conféré par son argent, et le contrôle des média qui en résulte.

« Est-ce un homonyme qui, quelques années plus tard, transforme sa chaîne d’information en Fox News [en référence à CNews] à la française, en fait une rampe de lancement pour Éric Zemmour, pratique la chasse aux sorcières parmi les journalistes dès qu’il prend le contrôle d’un organe de presse et envisage sans doute de se livrer aux mêmes pratiques vis-à-vis des éditeurs de son groupe ? »

Bolloré, le pouvoir de l’argent dans le monde des idées, p. 43

Le point du vue de Minc est donc parfois relativement véhément, mais reste néanmoins pertinent sans tomber immédiatement dans les discussions politiques de comptoir.

Un reproche que l’on pourrait cependant formuler à l’égard de cet ouvrage – et qui est, dans un autre sens, un compliment – est qu’il n’est pas destiné aux lecteurs non-avertis. Il est destinés à « ceux qui savent » de quoi on parle, « ceux qui savent » de qui on parle. Dans un sens donc, il s’agit d’un ouvrage qui est bien loin d’être infantilisant, mais qui inscrit sa réflexion hors de portée des quidams en manque d’expérience.

Mais dans l’ensemble, ce Dictionnaire amoureux du pouvoir constitue un témoignage interne et privilégié, livré sans le moindre détour, sur les contextes politiques actuels et passés.

7/10


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